Saint-Onésime - Il dépasse midi. À l’extérieur, on peut entendre le brouhaha et les rires des enfants qui s’amusent dans la cour de l’école primaire de Saint-Onésime. Lisa, Jessie-Ann, Gabriel et Mathis devraient se retrouver avec leurs camarades de classe, mais ils ont préféré rester là, en silence, dans le gymnase, accroupis sur des matelas à écouter attentivement les dernières consignes de leur maître en judo, M. Jacques Dufour. Ce dernier a toute leur considération. Ces élèves en sont à leur dernier atelier de l’année. Ils font partie des vingt élèves du deuxième cycle à participer à un projet des plus novateurs offert en collaboration avec les parents. Ce projet - qui a pris forme en octobre dernier - fait appel au judo pour amener les élèves à améliorer leur confiance en eux, pour leur apprendre à se respecter tout en respectant les autres, en un mot, pour apprendre à vivre ensemble.
En quelques mois seulement, la transformation est significative. Après douze ateliers offerts sur l’heure du midi, ces élèves - tout comme ceux qui ont participé au projet à l’École de l’Étoile-filante (Saint-Onésime) et à l’École de la Marée-montante (Saint-Roch-des-Aulnaies) - ont vu leur comportement changer. Bien plus, ils ne voient plus le judo de la même manière. Pour plusieurs, il s’agissait d’un sport de combat. Maintenant, ils le perçoivent comme un art de vivre avec un code d’honneur, des règles strictes, pour cohabiter en harmonie avec les gens qui les entourent, pour régler des situations conflictuelles dans la cour d’école, un art basé sur de saines habitudes de vie et la pratique de l’activité physique. Le judo leur permet de rester disciplinés en toute circonstance.
Selon M. René Roy, psychoéducateur, le projet a permis d’atteindre non seulement les objectifs, mais de les dépasser.
« Les résultats dépassent largement nos attentes. Nos élèves en sont les grands bénéficiaires. Ils ont été d’autant plus chanceux qu’ils ont pu compter sur une ressource hors du commun, un athlète de premier plan. Quand nous avons contacté Monsieur Dufour pour lui présenter le projet, nous nous attendions certes pas à ce que ce soit lui en personne qui vienne donner les ateliers. C’est une personne extraordinaire, une sommité dans son domaine. Il est ceinture noire quatrième dam. Il a entraîné des athlètes qui ont atteint de haut niveau. Il est, par ailleurs, un excellent pédagogue. Rapidement, les élèves se sont attachés à lui. Il s’est développé un lien d’attachement, de respect qui les a amenés à donner leur meilleur d’eux-mêmes. »
M. Roy a indiqué que la magie s’est opérée rapidement. Dès les premières semaines, le comportement des élèves a commencé à changer, dans la cour d’école, en classe aussi. Les élèves étaient plus détendus, mieux concentrés. Ce qu’ils apprennent en judo peut être facilement réinvesti dans d’autres sphères d’activité. Ils ont appris beaucoup plus que de la technique, ils se sont donné une nouvelle façon de gérer leur quotidien, et ce, en adhérant à des valeurs comme la discipline, le respect et le travail bien fait. En apprenant le judo, ils ont aussi appris un langage, une manière de s’exprimer, et la maîtrise des mots est un excellent moyen d’échanger, de trouver des solutions pour résoudre n’importe quel conflit, d’expliquer le psychoéducateur.
« La vie tout comme l’école est un lieu d’apprentissage où l’on peut gagner, mais aussi perdre. En judo par exemple, à la suite d’une chute, l’important est de se relever, de saluer son adversaire et de continuer à pratiquer pour progresser, pour s’améliorer, pour devenir une meilleure personne. C’est au contact de l’autre que l’on peut grandir, se développer, devenir un meilleur être humain. Ce projet en est un de communauté. Il est important de rappeler qu’il a vu le jour grâce à l’implication de Monsieur Dufour, mais aussi du milieu, de deux partenaires, Transport Jules Langlais et le Club Optimiste de Saint-Onésime. Nous les remercions ! »
Alors que le cours tire à sa fin, le plaisir est bien présent dans le gymnase de l’École de l’Étoile-filante. Les élèves sont conscients que le projet des midis-judo tire à sa fin.
Pour Jessi-Ann, les ateliers l’ont beaucoup aidée tant pour sa concentration que pour sa persévérance.
« Une toute petite erreur et vous vous retrouvez au tapis. C’est un sport exigeant. Il faut apprendre à tomber afin de pouvoir mieux se relever. Il faut être persévérant pour progresser, devenir meilleur. »
Gabriel abonde dans le même sens, lui qui a déjà fait du karaté.
« C’est très plaisant. Nous apprenons à avoir une attitude positive, à découvrir nos forces, à avoir confiance en nous, à diminuer notre stress et surtout à avoir moins peur. »
Lisa perçoit dans ce sport un excellent véhicule pour gérer les situations de conflit.
« Il s’agit d’un art de vivre, d’une façon de penser, de se comporter, quelles que soient les situations. Après un combat, nous devons nous saluer. Il n’y a ni vainqueur, ni vaincu, pas de déception, encore moins de frustration. Il n’y a que le plaisir d’apprendre. »
Selon Mathis, cet art martial permet de développer des comportements qui encouragent la non-violence, le contrôle de soi et le courage, tout en apprenant à mieux se connaître.
Les élèves sont rappelés sur le tatami au centre de la surface de combat. Ils se réunissent une dernière fois autour de leur maître. Le temps d’un instant, tout s’arrête. Le silence règne dans la salle. Chacun entre en lui-même. Puis, ils se saluent une dernière fois. La classe peut reprendre son cours.